DAVID SAIT – Hail The Hunted

Publié le par Esther

La musique improvisée est une histoire de funambulisme. L'équilibre y est souvent fragile et perpétuellement au bord d'un ravin qui ferait sombrer n'importe qui dans la facilité de l'exercice. Dans ce domaine, la complaisance a souvent été de mise, établissant les fondations de disques qui ne tenaient pas la route et finissaient par s'affaisser au fil des écoutes. David Sait propose onze pièces improvisées instrumentales autour d'une seul et même instrument : le Guzheng électrique.

Le Guzheng est un instrument chinois traditionnel à cordes pincées, de la famille des cithares sur table, qui remonterait à trois siècles avant notre ère. Selon la légende, un roi avait deux filles, toutes deux adorant jouer de cet instrument et se montrant particulièrement douées, il décida, à la fin de sa vie, n'ayant qu'un seul instrument, de le couper en deux . Une avait douze cordes et l’autre treize. À sa grande surprise, le nouvel instrument avait des sons doux et encore plus beaux que l’original. Le roi, donna alors un nouveau nom à ce nouvel instrument : « zheng »

Bien des années plus tard, David Sait décida d'enregistrer un album consacré à cet instrument. Si la sonorité de l'instrument ne trompe pas sur ses origines, dès l'introductif et majestueux « the Anchor & The Ocean Floor », David Sait nous emporter ailleurs. En effet, il parvient, aux premières lueurs du disque, à se départir des grilles d'accord très particulières des musiques orientales, pour transposer ces sonorités d'une exubérante douceur vers un occident aux portes de l'ailleurs. Il vous sera clairement conseillé de vous munir de votre passeport pour écouter cet album tant le voyage risque de vous mener loin.

La crainte de la musique improvisée est de reproduire les motifs ad nauseam, mais ici, l'inspiration déborde. La musique de David Sait vous ferme les yeux, vous berce calmement, et vous transporte langoureusement. S'il utilise le même instrument sur les onze plages, les paysages différent malgré tout à chaque instant, comme ces décors qui défilent et qui évoluent à la fenêtre alors que les kilomètres sont avalés. Les compositions évoluent dans un monde mélancolique et d'une intense émotion. Pourtant, jamais la musique n'évoque la tristesse ou le pathos, mais David Sait parvient à vous recentrer, à vous amener à une méditation inconsciente car s'il maîtrise très largement son instrument, et les harmonies paysagistes, il sait aussi jouer l'économie de moyens ; Percevoir cette alchimie nécessaire, au bon endroit, qui touche votre cœur instantanément n'est pas des plus aisé, mais il en possède la formule. Il vous agrippe par l'épaule en douceur et vous fait voyager loin sans autre envie que celle de diluer du bonheur et de la douceur dans vos artères qui se gorgent peu à peu d'émotions. Dans ce monde où chacun court après le temps, l'argent, le paraître des émotions, de la solidité des caractères, il vous propose une pause bienvenue, un aparté salutaire pour vous rappeler à l'ordre sur la beauté des choses. A l'écoute de 'Hail the Hunted », surgit cette sensation d'écouter ce blues sorti des champs de coton, mais aussi ces pièces d'un Bach, oui, pourquoi pas. Car tout est à l'origine de tout. Si chaque titre semble répondre aux autres, ils possèdent cette capacité çà embarquer votre esprit sur un voyage au long cours. David Sait a construit une embarcation qui transporte à la fois au loin, mais aussi au plus proche de votre cœur, entre silences, havre de paix, et méditation qui pourrait, sait-on jamais, transcender vos états d'âme.

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