SUN STABBED - Des Lumières, des ombres, des figures

Publié le par Esther

 

Il y a des disques plus compliqués à chroniquer que d’autres. Pour exemple, un disque pop, avec douze chansons, couplet / refrain / pont, on explique pourquoi on aime, ou pas, on argument : déjà vu, mal arrangé, mélodie ratée… Bref, les raisons peuvent être multiples. Et puis, c’est toujours plus simple de chroniquer le dernier Coldplay, d’abord parce qu’on sait qu’il va être mauvais (y’a pas de raison que ça s’améliore, hein) et puis, je ne les connais pas…

 

Là, c’est différent. D’abord parce qu’il ne s’agit pas d’un disque pop. La musique dite « expérimentale » (ce qui peut englober énormément de choses, soit dit en passant), demande une certaine connaissance du sujet pour s’aventurer dans la chronique. Après tout, en quoi les disques de John Cage sont-ils meilleurs que ceux de Xenakis, etc… Et puis, lorsque l’on connaît ne serait-ce qu’un peu l’artiste d’une façon plus personnelle, sans être les meilleurs amis du monde, c’est toujours difficile de jongler entre la complaisance facile et l’objectivité. Ceci dit, pour exemple, Pokett, autre projet (nettement plus pop, celui-ci) dont je connais (un petit peu) l’auteur, a toujours bénéficié d’un jugement absolument objectif. C’est une question de principe, et il semble plus constructif d’entendre ses qualités et ses défauts, plutôt qu’un concert de louanges aveugle n’ayant pour but que de flatter l’égo d’un artiste que l’on côtoie ne serait-ce que superficiellement. Bref ! Entrons dans le vif du sujet !

 

Sun Stabbed, c’est d’abord un duo. Le nom de ce groupe provient d’un titre de l’excellent groupe The Dead C, radical et incisif, que j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer à plusieurs reprises et qui a sorti, en début d’année, un excellent disque. Sun Stabbed utilise avant tout des guitares pour sortir des sons incroyables. Drones, silences, explosions, distorsions, et divers bruits bousculant l’auditeur.

 

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Le premier single était trop court pour entrer pleinement dans l’univers de Sun Stabbed. Bien entendu, on n’entre pas dans cet univers comme on entre dans le dernier U2. D’ailleurs, on préfère éviter d’entrer dans le dernier U2. Ce n’est clairement pas un monde qui pourra accueillir tout le monde. Pourtant, pour peu qu’on s’y attarde que l’on veuille bien s’en donner la peine, la musique de Sun Stabbed apparaît moins froide que de nombreuses autres pratiquant le même art. Il ne s’agit pas ici d’un drone d’une heure, hypnotique et pénétrant, mais de sons et autres bruits blancs qui semblent en perpétuelle évolution.

 

Clairement plus abouti que la précédente réalisation, on ressent ici une trajectoire organique qui semble faire appel aux forces telluriques notamment sur la seconde face du LP, où, dès les premières secondes de « La fin, on l’a deviné », j’ai ressenti comme une forêt entière qui se morcèle et qui craque de toute part. Les sons sont plus malmenés que jamais, et les diverses traversées soniques surprennent par leurs fantomatiques apparition. La tension monte à chaque instant, sans pour autant donner dans la surenchère de décibels comme il est si facile de le faire dans ce genre d’exercice.

 

C’est probablement avec le dernier morceau que le groupe explore le plus cette fameuse tension. Bâti comme une cathédrale sans plafond, le titre monte en intensité, débutant par un drone lancinant pour peu à peu se désagréger. On peut sentir la charpente s’étioler à chaque minute, au point de presque scruter le ciel de peur de voir une tuile vous tomber sur le coin de la mouille. Jusqu’à l’éclatement final qui vrille l’horizon de larsens aux relents poignardés. Un paysage sombre, austère, désincarné, voire décharné et pourquoi pas, mélancolique, mais jamais glauque, ni morbide. Ici, on n’est pas là pour rigoler, certes, mais on n’est pas non plus là pour faire dans la célébration de messes noires. Il s’agit plutôt d’un paysage embrumé, humide et pénétrant, aux rives trop éloignées pour être abordées en un coup de rame, mais qui, une fois atteintes, vous donnent à côtoyer des YELLOW SWANS, des BURNING STAR CORE, des CLIMAX GOLDEN TWINS et autres faiseurs de peintures concassées. Un disque qui, en 2011, trouvera, pour ma part, sa place entre le dernier DEAD C et le troisième volet de la trilogie d’ONEIDA.

 

 

 

Publié dans vinyle

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