TOM WAITS - Bad As Me

Publié le par Esther

Dans la série monstre sacré, il y a quelques bonhommes dont le parcours commence maintenant à sérieusement dater. Avant d’entamer la partie qualitative de leur carrière respective, on peut raisonnablement citer Neil Young, Bob Dylan, Robert Wyatt, Paul Mc Cartney, Bruce Springsteen, les Stones…. Et Tom Waits. J’en oublie. Et puis, j’évoque ici des artistes qui ont une renommée tout de même notoire, voire mondiale pour certains.

 

Si certains se sont régulièrement vautrés, Neil Young n’a rien pondu de valable depuis 10 ans, Mc Cartney a su sortir des merveilles, mais à peu près autant de bouses, Spingsteen, à part Tom Joad est objectivement dans le creux de la vague depuis Nebraska, les Stones sont ridicules depuis… on ne compte même plus, d’autres s’en sortent plus honorablement.

 

Robert Wyatt n’a pas sorti de véritable mauvais album (à part le dernier, franchement pénible), Dylan creuse un sillon qui lui va comme un gant, et même si son dernier grand disque date d’une douzaine d’années, les derniers ne sont pas ridicules pour autant, loin s’en faut et il parvient à sortir au moins une ou deux chansons indispensables sur chacun de ses opus, quant aux Stones…. Ah non, merde, je l’ai déjà dit.

 

 

Et Tom Waits ? Et bien, voyons voyons… Neil Young a fréquemment vendu son âme criant au génie pour Itunes  et autres applications pour vendre son dernier opus inaudible très récemment après avoir craché dessus allégrement, Dylan a connu une fosse limite septique durant près de dix ans, idem pour Mc Cartney, mais Tom Waits, rien !

 

C’est, parmi les « grands » artistes, l’un des rares a être resté droit dans ses pompes du début à la fin (jusqu’à aujourd’hui, en tout cas). Ne vendant jamais sa musique ni son âme, il refuse toutes les compromissions. Rares Best Of, rares lives, pas de pub, pas d’exposition, tout pour l’art. Du coup, chaque album est attendu comme le messie.

 

Pourtant, lorsque j’ai eu vent d’un nouvel album, dont la pochette ressemblait fort à certains opus (Alice, Money Blood) Jésus peur ! Sentiment renforcé par la « bande-annonce » lancée sur le net un mois avant la sortie de ce nouvel album studio après 7 ans d’absence (à l’exception de B.B.B). Pour la première fois, j’ai eu peur qu’il fasse dans la redite. Tom Waits a mis de nombreuses années à forger son univers, un son à lui qui ne ressemble à rien de connu, fait d’influences aussi variées que le jazz, le rock, le blues, les musiques industrielles, expérimentales… tout. Il semble se nourrir de tout pour ensuite faire sa propre cuisine. Mais parfois, on a pu sentir qu’il forçait un peu le trait de cette cuisine, ajoutant une pointe d’épices où ce n’était pas vraiment nécessaire… Forçant sa voix jusqu’aux grognements, pourrissant le son, les samples, jusqu’à rendre le tout difficile d’accès. Certes, cela prouve encore une fois la droiture du bonhomme, mais le côté systématique risquait forcément de lasser.

 

La première écoute de cet opus, et ce, dès « Chicago », laissait craindre l’auto-complaisance. Par ailleurs, la présence de guest comme Keith Richards n’incitait pas à la confiance. Et puis, peu à peu, l’envie de ré-écouter encore et encore ce disque s’est faite ressentir, et le voici qu’il se découvre peu à peu. Il n’est pas exempt de défaut, c’est clair. Pour reprendre le finalement excellent « Chicago », pourquoi un telle concision, alors que l’arrivée du bluesy cradingue harmonica ne demandait qu’à servir de tremplin pour développer ce morceau survitaminé !

« Raise right Men » vous saute aussitôt à la gueule, et personnellement me ramène directement à Nick Cave à l’époque où celui-ci faisait encore de la (bonne) musique. Tom Waits prend alors une tessiture de voix aigüe peu fréquente pour lui sur le bouleversant « Talking at the same time », semblant trimballer un orchestre itinérant aux penchants bastringue salutaires. Le morceau est absolument magnifique, et c’est là, précisément que ce joue le défaut majeur du disque, à mon sens. La production. C’est bien beau le côté foutoir, et brouillon, et si cela colle parfaitement à certains titres, d’autres, tels que celui-ci, auraient mérité une production plus claire, afin d’en percevoir toutes les subtilités d’arrangements de toute beauté.

 

« Get Lost » tombe, à mon sens, dans les tics, parfois agaçant du bonhomme. Un rock à la voix façon Elvis Presley, mais le maniérisme outrancier ridiculise un peu le procédé et du coup, je peine à m’accrocher à ce titre qui, pourtant, avait un bon potentiel. Fort heureusement, le bonhomme se rattrape bien vite aux branches, et aligne alors une série impeccable. Trois chansons magnifiques qui peuvent rendre jaloux n’importe quel compositeur actuel. Tom Waits possède ce côté suranné classieux tout en étant en phase avec son siècle. A ce titre, le chaloupé « Back in the crowd » est confondant de facilité. Il aurait pu être composé au milieu des années 50, ou hier, aucune différence, mais c’est du Tom Waits pur jus, là, aucun doute.

 

« Bad As Me » reprend le chemin du déjà-vu, avec cet excès d’effet de manche sur la voix, et une production qui s’étouffe. Le titre n’est pas mauvais, mais il semble tomber directement de la moisson d’Orphans (comme d’autres morceaux), ce qui donne cette sensation de redite. Certes, cette redite lui appartient, c’est son univers, mais, on ne parle pas de Lady Gaga, on parle de Tom Waits, alors, on en devient probablement plus exigeant que la moyenne. Peut-être trop.

 

Il refera ce mimétisme sur « Satisfied » et « Hell Broke Luce » mais termine sur « New Year’s Eve », une ballade comme il sait si bien les faire, avec une grâce à faire pleurer un bûcheron Biélorusse.

 

Bref, Tom Waits ne surprend plus vraiment, mais compose des chansons comme il sait si bien les faire et à plus de soixante balais, c’est déjà énorme. Après tout, est-ce qu’on demande à Dylan de changer, à Neil Young de se mettre à l’électro… Bref, je préfère voir Tom Waits faire ce qu’il a déjà fait, mais le faire bien, plutôt que de donner dans le jeunisme et se ramasser les panards dans le tapis.

 

Après quelques écoutes, cet album s’avère savoureux, et s’installe progressivement sur ma platine et dans ma tête (pour ne pas dire dans mon cœur, oui oui). Tom Waits n’a jamais été l’ombre de lui-même, il suit son ombre et inversement et chacun se nourrit de l’autre. Je suis clair ? Non ? Pas grave, je me comprends…

Publié dans Pop-rock

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P
<br /> et "kiss me" est une belle chanson d'amour !!!<br /> <br /> <br />
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P
<br /> Oui ! d'écoute en écoute, Tom Waits nous produit là un excellent album... ya eu débat sur ce forum (voir lien) et je l'ai défendu bec et ongle au fil de mes trois premières écoutes<br /> http://is.gd/isPkxU<br /> <br /> <br />
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